Mille Iles 3

Entre elles et îles

Bloomfield – Gananoque = 110 kms

Gananoque – Brockville = 75 kms

 

Elles, ce sont les villes de Picton, Kingston et Gananoque, que j’allais traverser avant d’arriver sur mon île, ou plutôt sur mes îles.

Le long de la Waterfront Trail, je parcourai les routes tranquilles et champêtres, entre eaux claires et magnifiques paysages ondulés de vignes.

Le long de la Waterfront Trail

A Glenora, un traversier m’attendait pour rejoindre le continent. Après quelques kilomètres de routes bordées de fermes et de pommiers, la ruralité laissa place à l’industrie. La route longeait le lac Ontario sur la droite et des usines aux cheminées qui fumaient sur la gauche. Une trentaine de kilomètres avant l’arrivée à Kingston, le trafic se densifia. Kingston, souvent surnommée « Kingston la belle », est l’ancienne capitale du Canada. Stratégiquement située au croisement du lac Ontario et du fleuve Saint-Laurent, elle brille à la fois par ses sites historiques et son dynamisme. Malheureusement, Kingston la belle, n’avait pas gagné mon cœur. Comme toutes les villes où il y avait trop d’agitation et de circulation pour moi. A peine entrée, je n’avais qu’une seule envie : en sortir au plus vite ! Loin de la nature et du silence, je me sentais oppressée, agressée, au point que j’avais parfois du mal à respirer. Dans cette course pour sortir de la ville, j’apercevais des bâtiments en briques rouge, de nombreux bars et restaurants, des boutiques. Finalement d’une ville à l’autre, je voyais quasiment toujours la même chose : des personnes qui étaient là pour consommer, qui courraient pour attraper leur bus. Je me sentais tellement loin de tout ça depuis que j’étais sur mon vélo. Une trentaine de kilomètres séparent Kingston de Gananoque, où j’avais prévu de passer la nuit. Sur la route n°2, nombreux étaient les cyclistes qui roulaient en peloton, la tête dans le guidon, sans rien voir du paysage.

Ganaoque

A mon arrivée à Gananoque, à l’inverse de Kingston, j’étais sous le charme de cette jolie citée victorienne. Malgré les foules qu’elle attirait, elle ne perdait en rien de sa tranquillité et de son charme. Cette ville pittoresque située sur les rives du fleuve Saint-Laurent, est la porte d’entrée aux fameuses Mille-Iles, que j’avais prévu de découvrir en bateau le lendemain.

Mairie Gananoque

En raison de la forte affluence de touristes, la plupart des campings affichaient complets. Par chance, je finissais par trouver un emplacement chez l’un d’eux, situé sur la route touristique Thousand Island Parkway. Cette route longe la rivière et, dans la brume du soir, elle m’offrit de magnifiques points de vue sur les îles sauvages environnantes.

Le lendemain matin, je me dirigeai vers la marina, où un bateau m’attendait pour une croisière d’une heure et demi à la découverte des Mille-Îles. A la fois parc national, archipel et frontière naturelle entre le Canada et les Etats-Unis, les Mille-Îles sont une constellation de plus de mille huit cent îles sauvages, qui parsèment le fleuve Saint-Laurent de Kingston à Brockville. Cet archipel faisait partie d’une chaîne de montagnes, qui a été engloutie par le fleuve Saint-Laurent. Aujourd’hui, seuls les plateaux les plus hauts pointent leur terre, formant ainsi une multitude de petites îles. Mais attention ! N’est pas île qui veut ! Seules celles mesurant minimum deux mètres carré et hébergeant au moins un arbre ou un buisson, peuvent faire partie des îles répertoriées.

Simple bout de rocher servant de refuge pour les  oiseaux, îlot romantique accueillant une simple cabane en bois, ou île mesurant plusieurs kilomètres abritant des résidences de luxe pour millionnaires. Parmi les Mille-Îles, il en existe également une qui abrite une chapelle, lieu idéal pour un mariage romantique. Des bateaux taxis se feront un plaisir d’y conduire vos invités.

Après cette diversion à la fois étonnante et divertissante, il était temps pour moi de retourner au camping chercher mes sacoches et reprendre la route pour une cinquantaine de kilomètres jusqu’à Brockville. Malgré le vent de face, la route était plutôt plate et donc j’arrivai à destination vers 16h, ce qui me laissait le temps de visiter la ville.

Brockville possède à la fois l’élégance d’une bourgeoise, avec ses façades de type victorien, et l’extravagance d’une diva, avec ses tours et ses pointes gothiques. Pour la première fois depuis que je roulai sur la Waterfront Trail, je trouvai un camping « Bike friendly », qui proposait les services rudimentaires dont a besoin un cyclo-voyageurs, le tout pour un tarif attractif.

St Lawrence Park à Brockville

Le Lawrence Park, est un parc, comme son nom l’indique. Situé en face du fleuve Saint-Laurent, il est un endroit idéal pour se relaxer après une journée de route. Aménagé d’une aire de jeux pour enfants, d’une plage, d’une cantine pour se restaurer et d’abris pour pique-niquer, un espace est également réservé pour les cyclos. Alors que j’avais terminé d’installer mon campement, je voyais un couple de cyclistes qui arrivait. Le jeune homme était originaire de Louisiane et son amie du Bengladesh. Tous deux étudiaient et vivaient à Montréal et avaient décidé de parcourir la Waterfront Trail à vélo. Pendant que la jeune femme parti faire les courses, le garçon commença à discuter avec moi tout en installant leur tente près de la mienne. Quelques minutes plus tard, lorsque son amie revint, j’avais le privilège d’assister à une scène de ménage. Je comprenais très vite que la jeune femme ne souhaitait pas du tout camper à côté de mon toit. Le jeune homme, très embarrassé par la situation, me regarda sans un mot et commença à démonter sa tente pour la replanter à l’autre bout de la pelouse. Finalement, je me sentais aussi embêtée que le jeune homme et je décidai d’aider le couple à rapporter toutes leurs affaires à leur nouvel emplacement. La jeune femme me remercia, avant de me dire « je n’ai rien contre toi tu sais. J’espère que tu comprends ? ». A vrai dire, je n’avais rien compris à la situation, si ce n’était que peut-être cette personne avait été emportée par un élan de jalousie. A voix basse, dans ma tête, je me disais juste que finalement ça avait du bon de voyager seule.

Coucher de soleil à Brockville

Alors que le soleil, de sa couleur rose orangée, commençait à fondre dans le Saint-Laurent, je contemplai dans le silence un kayakiste et un couple qui pratiquaient le paddle, dans l’ombre des Mille-Îles qui s’apprêtaient à s’éteindre dans la nuit.

Une réflexion sur “ Entre elles et îles ”

  1. Avec cette sortie énervée de ta voisine de tente, tu ne sauras jamais si ce couple aurait fait d’agréables compagnons de soirée… Mais tu n’aurais peut être pas aussi bien profité de ce coucher de soleil propice à la contemplation et à la méditation poétique. Qui sait ?

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