A travers champs

Je vois la vie en vert !

Cochrane – Irricana = 100 kms

 

Il faut bien comprendre que pour un cyclo voyageur qui termine tout juste la route des Glaciers, parcourir les Prairies avec un décor quasi similaire sur de longues distances, peut-être une expérience traumatisante. Mais rappelez-vous du leitmotiv de My Happy Canada Tour « Monotony will kill you ». Alors je vais tout faire pour ne pas me faire tuer à petit feu par les Prairies, même si le combat s’avère pas si simple.

Depuis que j’ai quitté les Rocheuses, les montagnes sont remplacées par des étendues de champs à perte de vue, les caravanes et campings car par des picks-up avec des attelages pour chevaux et des engins agricoles,  les wapitis et les ours par des vaches et chevaux et les lacs turquoises par des mares à canards. Sur la route des glaciers, des dizaines et des dizaines de panoramas de toute splendeur, m’étaient offerts comme sur un plateau d’argent. Aujourd’hui,  c’est à moi d’être attentive, de guetter chaque détail qui fera que mon panorama n’est pas tout à fait le même que quelques kilomètres avant.

Il faut aussi savoir se montrer imaginatif pour ne pas se laisser prendre par l’ennui. Par exemple, à force de voir ces herbes hautes sur le bord de la route, se coucher sur mon passage, je me suis imaginé une haie d’honneur saluant mon passage. Le constat, qui m’avait déjà sauté aux yeux et qui se confirme depuis que je suis dans les Prairies, est que le Canada est le deuxième pays le plus grand au monde, mais qu’il est surtout peuplé de montagnes, de lacs, d’animaux et de prairies (ou de vide selon comment on l’interprète). Le deuxième constat est que l’espace temporel n’est pas le même dans les prairies ; le temps semble passer moins vite, sûrement à cause de cette impression de ne pas avancer. Pourquoi traverser les prairies à vélo, me direz-vous ? Tant de personnes m’ont conseillé de prendre un train pour pouvoir profiter de plus beaux paysages. Traverser les prairies à vélo, c’est en quelque sorte traverser le berceau de l’humanité. Prendre un train pour échapper aux prairies équivaudrait à dénigrer le travail de tous ces hommes et toutes ces femmes, qui travaillent la terre pour que nous puissions nous nourrir. Alors que j’étais sur la route et un agriculteur avec son chapeau de cowboy sur un tracteur à labourer la terre, il a soulevé le pouce pour me signifier « bravo ! ». A mon tour j’ai soulevé le pouce pour saluer son travail. Depuis que je roule à travers champs, ce n’est pas la solitude, les paysages ou le nombre de kilomètres qui me font le plus peur, mais bel et bien la peur d’avoir moins d’occasions de faire de belles rencontres. Intimidée par ces grands espaces, je me suis montrée timide et n’est pas osé aller frapper aux fermes, mais je compte bien me donner un coup de pieds aux fesses (de toute façon mon budget camping est déjà trop conséquent par rapport à mes prévisions). Sur la route, je n’ai plus l’occasion de pouvoir faire des arrêts pour échanger quelques mots. Les voitures filent à grande allure et mes seuls compagnons de routes sont les animaux de la ferme que je croise en chemin.

Le soir je suis contente de me poser au camping, d’abord parce qu’avec cette chaleur j’ai du mal à me passer d’une douche à la fin de la journée. Surtout, le bivouac en camping est bien souvent pour moi l’occasion de faire des rencontres. Au camping municipal  d’Urricana, j’ai trouvé la sérénité mais aussi deux anges gardien : Roy, retraité qui vit en camping dans sa caravane et bouge en fonction de ses envies et du climat. Avec Roy nous avons beaucoup parlé et comme la plupart des canadiens que j’ai rencontré,  il s’est montré protecteur avec moi. Il a tellement voulu m’avertir sur les prairies que j’ai fini par avoir quelques peurs qui se sont vite dissipées grâce à vos messages et conseils. J’ai également rencontré Rob, qui habite et travaille à Calgary, mais a décidé d’installer sa caravane au camping d’Urricana pour 3 mois et de faire les allers-retours à Calgary pour son travail. Rob m’explique qu’en vivant dans sa caravane il se sent libre. Ce discours me parle forcément beaucoup. Rob m’a invité à boire un verre de vin au coin du feu pour discuter, invitation que j’ai accepté avec plaisir.

Coucher de soleil

Depuis que j’ai quitté les Rocheuses, le ciel dégagé des montagnes, paraît plus grand. Le soir, au coucher du soleil, il réserve de belles surprises. Le vert est la couleur de l’espoir. Je suis pleine d’espoir à l’idée de traverser les vertes prairies.

11 réflexions sur “ Je vois la vie en vert ! ”

  1. Même si tu trouves les paysages plus monotones qu’avant, tu sais encore trouver les images et les mots pour nous faire vivre ton aventure avec passion. Pour nous, ce ne sont certes pas les prairies qui sont monotones…

  2. On dit que le verre,excuse, je recommence le vert est la couleur de l’espérance ,alors fonce ma sansan et des verres de bon vin tu auras l’occasion d’en boire car de belles rencontres tu en feras.
    Ton cousin sera parmi nous demain.
    Biz zz zz zz zz zz zz.

  3. De la part de téô,

    Bonjour Tata sardine,
    je suis content de te voir, j’ai pêché avec papi des poissons .
    j’ai pêchété un gros gardon, il n’y avait pas d’oeufs au poulailler.
    Je suis en vacances chez papi et mamie.
    Pédale bien.
    Gros bisous de téo.

  4. You are making great progress and fabulous memories Sandrine :-) I have enjoyed reading your perspective of Canada, it’s landscape and it’s people as you journey across « our home and native land » . Continue being safe!

  5. Salut Sandrine! La verdure des prairies prend le relai pour alimenter tous tes sens en éveil, et qui donne tant de profondeur à tes récits..bises de nous deux

  6. oh, Sandrine, quelle aventure, il ne tenait qu’à Toi d’aller de l’avant , mais là tu as accepté le facile comme le difficile, respirer la nature dans l’effort, Je te souhaite une bonne continuation dans ton aventure canadienne transportée de bonheur. Bisous Cathy

  7. Bonjour Sandrine,
    Bravo ! Quelle aventure, quelle détermination ! Merci de partager ton aventure sur Internet, tes récits sont très intéressants et les photos magnifiques. Bon courage pour la suite et bonne route !
    Amitiés
    Michel, Ghislaine, Mathieu et Valentin

  8. Ho Sandrine! Moi qui suit a Edmonton et qui m’apprete a traverser les prairies en velo, ce texte me fait tellement de bien et me donne espoir qu’il y aura encore plein de choses positives… Merci du fond du coeur. Je te relie ce soir pour me donner de la motivation et ca fonctionne bien.

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