Les prairies

Le bonheur est dans le pré !

Drumheller – Hanna = 90 kms
Hanna – Oyen = 115 kms
Oyen – Kindersley = 110 kms
Kindersley – Rosetown = 95 kms
Rosetown – Saskatoon = 120 kms

 

La traversée des prairies symbolise pour moi une aventure dans l’aventure, avec d’un côté l’ouverture d’un nouveau chapitre celui d’un voyage intérieur et de l’autre la volonté de continuer à provoquer des rencontres.

« La Saskatchewan n’a rien d’ennuyeux, seuls ses visiteurs peuvent l’être ».  Si vous avez décidé que les Prairies seraient longues et ennuyeuses, nul doute qu’elles le seront. En revanche, si après avoir été un spectateur conquis dans les Rocheuses, vous décidez d’être acteur des Prairies et d’en faire une quête et votre terrain de jeu, vous avez une chance de vivre une expérience enrichissante tout comme moi.

Après l’excitation et l’euphorie dans les Rocheuses, il fallait bien une sorte de repos du guerrier. Pourtant traverser les Prairies à vélo (je précise bien à vélo car la dimension n’est pas la même en voiture), n’est pas un volet de tout repos. Cette chevauchée fait pénétrer le cycliste dans une autre dimension du Canada ; celle où les verts paturages et les champs de colza dominent à perte de vue.

Il faut en donner des coups de pédale pour arriver à la première ville, qui parfois à des allures de simple village perdu au milieu de nul part. Lorsque notre regard croise enfin une habitation, on se dit qu’il faut aimer ses terre du plus profond de son coeur pour vivre enclavé de la sorte. Dans les prairies, l’horizon se confond avec le ciel, si bien qu’on ne voit jamais ce qu’il y a au bout de la route. Cet horizon à l’infini est l’occasion d’ouvrir son esprit, d’avoir de nouvelles perspectives. Moi qui ait choisi de suivre des routes parallèles dans ma vie, me voilà embarquée sur une grande ligne droite. Sur cette ligne à l’infini, j’ai trouvé de la force et de la sérénité en observant mon environnement. De la force il en faut pour vivre dans les prairies, car le quotidien ne doit pas y être toujours facile ; entre les mères de famille qui doivent parcourir entre 40 et 50 kms pour trouver le supermarché le plus proche, tous ces hommes au volant de leur truck qui parcourent des centaines et des centaines de kms sur le bitume pour livrer des denrées alimentaires, du matériel ou du carburant. A ma grande surprise, j’ai souvent vu des femmes travailler la terre dans les champs, au volant de leur tracteur. En Saskatchewan, les habitants sont ancrés à leur terre comme les racines à un arbre. Même le vent qui souffle fort parfois, n’a pas réussi à les déloger. En Saskatchewan, on a des valeurs et on y tient : celles de l’hospitalité, car même si les prairies peuvent parfois paraître rudes, la chaleur humaine sera toujours là pour vous réchauffer le coeur. L’entraide est une autre valeur importante ici, c’est ce qui fait la force des habitants. Alors oui, à bien y regarder les prairies peuvent vous séduire à condition de bien vouloir les regarder avec attention. Vous en ferez votre terrain de jeu en mettant au point une stratégie pour vous faire aspirer par les trucks qui vous doublent et contrer la projection en arrière de ceux qui vous font face. Dans ces espaces à l’infini il est aussi possible de mettre ses sens en éveil.

Pour ma part, j’ai apprécié la géométrie et les différentes textures des Prairies, avec notamment ces champs ondulés, telle une série de vagues qui déchirent le ciel , ou encore l’alignement des silos et de ces petites maisons, qui m’ont rappelé ces jeux de construction en bois pour enfants. Enfin j’ai contemplé les envolées d’oiseaux très poétiques au-dessus des plans d’eau, le chant des grillons et les parfums exalés qui changeaient au fur et à mesure de mon avancée. L’ensemble de ces éléments m’a fait penser à un immense patchwork, aux nuances de bleu, de vert, de jaune, d’ocre,…

Et le voyage intérieur dans tout cela me direz-vous ? Sur mon vélo j’ai eu cette pensée que j’étais passé à côté de ma vie sentimentale, mais qu’il y a bien une chose dont je pourrai être fière toute ma vie, c’est de cette traversée à vélo. Dans cette immensité où j’ai eu peur de me perdre dans de sombres pensées, je me suis sentie plus libre que jamais et surtout forte et en pleine confiance. Immergée dans les Prairies, j’y ai trouvé un hâvre de paix. Désormais, chaque jour où je reprends la route, je fixe mon objectif et ne le quitte pas du regard. Au bout de cet horizon sans fin, j’ai vu le visage chaleureux et souriant de dizaines de personnes qui m’attendent à Montréal. J’ai aussi vu les baleines de Tadoussac, que je pouvais presque caresser du bout des doigts. En plissant bien les paupières, j’ai aussi cru aperçevoir l’océan et Halifax. Ambitieux me direz-vous ! L’avenir nous dira s’il ne s’agissait que d’un mirage.

Dans les Prairies, j’ai aussi renoué avec les rencontres et les surprises. A Oyen, Caroline et Maëva ont retrouvé ma trace. Nous étions en contact depuis quelques temps ; elles traversent le Canada à vélo d’Est en Ouest et ont fait une incursion en territoire américain. Ces deux jeunes françaises ont plus d’un tour dans leur sacoche. Au supermarché où nous avous acheté de quoi dîner, elles ont demandé s’il n’y avait pas des produits alimentaires qui étaient destinés à aller à la poubelle. Résultat elles sont ressorti avec des fruits et des pains et ont même convaincu le propriétaire du supermarché de nous accueillir avec nos tentes dans son jardin. C’est ainsi que nous avons passé une délicieuse soirée chez Jack et son épouse Julia, en discutant devant une tasse de chocolat chaud. A Kindersley, je reprends mes habitudes du début de mon aventure ; c’est au supermarché que se créer les rencontres. J’achète de quoi dîner, la caissière commence à me demander si c’est mon vélo qui est devant et où je me rends avec toutes ces sacoches. Carolyne, la cliente qui est après moi, se mêle à la conversation. Alors que je me dirige vers la sortie, je lui demande si à tout hasard elle ne connaîtrait pas un emplevcemlent où je pourrai planter ma tente pour la nuit. Elle me propose son jardin, mais malheureusment elle habite à 40 kms d’ici. Carolyne décide de retourner voir la caissière pour essayer de trouver une solution. Cette dernière ne peut m’accueillir sur son terrain, mais se fait remplacer en caisse le temps de téléphoner à sa supérieure qui est en pause. Une minute plus tard, j’apprends que sa superviseur Caroline viendra me chercher un peu plus tard pour me diriger vers son jardin qui accueillera ma tente pour la nuit. Avant de quitter Carolyne, celle-ci avait pris mon numéro de portable au cas où elle me trouverai un terrain pour accueillir ma tente à Rosetown le lendemain. Au matin, je n’avais pas encore eu le temps de donner mes premiers coups de pédale, que je recevais un texto de Carolyne m’apprenant que son amie Marianne acceptait que je plante mon toit dans son jardin. J’ai juste eu le temps de croiser Marianne avant qu’elle ne parte pour rejoindre son ami. Mes derniers coups de pédale avant deux jours de repos bien mérités, m’ont mené à Saskatoon, le Paris des Prairies.

Selfie avec Nora

A Saskatoon, Nora la mère de Jill m’attendait avait impatience. Quelle ne fût ma surprise en découvrant ce petit bout de femme de 94 ans qui vit seule dans sa maison et est parfaitement autonome. La rencontre avec Nora sera finalement le filigrane de cette traversée des Prairies, sous les traits de la force de caractère, de l’hospitalité, de la générosité et de la chaleur humaine. Pendant deux jours, nous avons pris mutuellement soin de nous. J’ai préparé du pain perdu à la cannelle avec de la glace à la vanille et des framboises, ainsi que mes fameuses crêpes. Nora m’a adopté comme si j’étais sa petite fille et m’a confié que ma présence allait lui manquer à mon départ.

Entrée de porte Nora

Chez Nora il y a toujours du passage, l’écriteau sur le pas de sa porte y est sûrement pour beaucoup. Le soir de mon arrivée, il y a eu Sherry, qui nous a préparé un dîner et a eu la gentillesse de me faire visiter la ville.

Dans la maison de Nora, j’ai trouvé un hâvre de paix, j’ai pu me ressourcer et reprendre des forces, avant de continuer mon avancée dans les Prairies, continuer à aller à la rencontre des habitants et écouter leurs histoires.

4 réflexions sur “ Le bonheur est dans le pré ! ”

  1. mes copains du club cycloucna de Nantes chaque mercredi
    me demande de tes nouvelles
    nous révons en pédalent , en pensent a toi
    règale toi
    mais repose toi pendant ces 2jours
    Marceline

  2. Sandrine,

    J’étais tellement heureuse de faire ta connaissance hier!
    Et ici, je te connait en plus. C’est vraiment formidable que tu as entrepris ce voyage! Tes photos sont super bons, aussi!
    Je continueras à te suivre.

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