Lac Ontario

L’imprévisible Ontario !

Winnipeg – Rennie = 120 kms
Rennie – Kenora = 95 kms
Kenora – Vermilion Bay = 100 kms
Vermilion Bay – Wabigoon = 70 kms
Wabigoon – Ignace = 90 kms
Ignace – Upsala = 110 kms
Upsala – Shabaqua = 75 kms

 

Rien n’est définitif, pas même l’Ontario. Après tant de chaleur humaine en Saskatchewan et au Manitoba, j’ai franchi les portes de l’Ontario avec une certaine appréhension. Peut-être avais-je déjà deviné les difficultés que j’allais rencontrer. Tout était presque trop facile depuis le début de cette aventure, mais avec l’Ontario c’est un nouveau défi qui m’attend.

Je me revois encore sur le bord de la route 15 à la sortie de Winnipeg, Doug me serrant fort dans ses bras avant de laisser l’oiseau s’envoler vers de nouvelles aventures. Sur la route me menant à Rennie, j’ai fais connaissance avec les blacks flies, grosses mouches noires qui vous mangent la peau jusqu’au sang. J’ai aussi connu la soif. Heureusement Angela, qui se rendait chez elle, s’est arrêté pour me demander si j’avais besoin de quoi que ce soit. Je l’ai suivi pour remplir mes bidons d’eau fraîche. Merci Angela. A Rennie l’unique camping est en fait un terrain qui accueille des caravanes à l’année, mais les propriétaires trouvent toujours une place pour les cyclotouristes de passage et sans les faire payer (douche et piscine sont à disposition). Le temps est à l’orage, Bev me propose de mettre mon matelas sur le sol de la salle de jeu du camping, ce que j’accepte volontier. Elle me rempli mes bidons et me propose de les mettre dans son frigo. Avant d’aller me coucher je me rends vers sa maison pour récupérer mes bouteilles. Je suis accueillie par son mari et son beau-frère qui me propose de boire un verre, puis m’offre une glace et étaient même prêts à me préparer un burger. Le beau-frère de Bev est un policier à la retraite mais continue de travailler pour le gouvernement comme agent. A la suite d’un « interrogatoire » afin de s’assurer que j’allais bien et que je ne manquais de rien, il me donne un billet de 50 dollars afin de m’offrir un resto sur la route. A Ignace, en mangeant mon burger frites j’ai pensé très fort à cet homme.

Kenora est ma première étape en Ontario. La route est bordée de lacs et à mon arrivée dans cette ville, une ambiance de vacances en bord de mer flottait dans l’air. Kenora est une station touristique qui a son charme, avec ses vacanciers qui y viennent pour faire du bateau essentiellement.

Hydravion à Kenora

A la vue des hydravions sur le lac, j’ai repensé à la Colombie-Britannique, ; Vancouver, Nanaimo, Victoria, tant de souvenirs qui rejaillissent à ma mémoire. Les trois campings des alentours étant complets, il va falloir que je trouve des hôtes pour la nuit. Alors que je sors du supermarché, j’aperçois un homme et une femmme discuter sur le trottoir. Je leur explique que les campings sont complets et que j’ai besoin d’un endroit pour planter ma tente pour la nuit. Ces deux personnes sont là juste pour rendre visite à une amie. Ils lui demandent si elle a une idée. Lise me propose de planter ma tente sur son bout de pelouse en pente qui donne sur la rue. J’ai un accès à ses toilettes et elle me laisse un tuyau d’eau à disposition : c’est parfait.

Kenora au coucher du soleil

Je profite d’être à deux pas du centre pour me balader et admirer le coucher du soleil. Jusque là tout avait plutôt bien commencé et mes débuts en Ontario étaient plutôt prometteurs.

Les routes de l'Ontario le trafic en moins

A partir de Kenora, les routes montent et descendent et le thermomètre commence à grimper. Je me rends compte que si l’Ontario est la région la plus peuplée du Canada, paradoxalement ils faut parcourir entre 80 et 100 kms pour enfin aperçoir une habitation et parfois un commerce (mais pas toujours). Sur la route qui me mène à Vermilion Bay, encore une fois j’ai connu la soif. Je m’arrête à un restaurant qui semble abandonné. La porte est fermée et il n’y a pas de lumière. Je frappe dans l’espoir que quelqu’un ouvre et que je puisse remplir mes bidons. Un homme ouvre la porte : je suis sauvée. Le cuistot a démissionné, le propriétaire a donc été contraint de fermer le restaurant. L’homme me demande si je sais cuisiner. Il était prêt à m’embaucher, mais je lui explique que ma job c’est de rouler. Au camping de Vermilion Bay, je me retrouve dans un repère pour pêcheurs et chasseurs d’ours noirs et autres gibiers. A l’accueil, il y a tout un tas d’animaux empaillés, dont des jeunes ours noirs. Autant dire que je ne me sens pas très à l’aise. La tempête éclate, je dîne dans ma tente avec le sentiment que j’ai peut-être laissé le meilleur derrière moi jusqu’à mon arrivée à Montréal. Alors que je me balade dans l’allée, un homme me dit d’un ton sec que je suis sur un terrain privé. Il s’agit du propriétaire du camping et je lui explique que je suis une cliente. Il ne s’excuse pas, me demande de qu’elle nationalité je suis et me réponds qu’il est déjà allé en France à Nice. Je n’ai pas osé lui demander s’il s’y était rendu pour chasser les cougars, je ne suis pas sûre qu’il aurait compris ou même apprécié ma blague. Le seul autre client du camping est américain et s’appelle John. Il vient me rendre visite et me fait flipper avec sa tête de psychopathe. Il vient me montrer les photos des derniers animaux qu’il a abattu. Sur l’une d’elle il y a même son petit-fils qui pose devant un ours noir en sang… John veut savoir combien d’ours noirs j’ai croisé sur mon chemin et s’interroge sur comment j’ai pu me sentir en sécurité en voyageant seule. Jusqu’à ma rencontre avec John je me suis toujours sentie en sécurité, mais là j’espère juste ne pas faire de cauchemars cette nuit. Ironie du sort, le lendemain matin à quelques kilomètres du camping, un ours noir a traversé la route devant mon vélo. Espérons qu’il ne croisera pas la route de John.

De Vermilion Bay à Wabigoon, une nouvelle fois j’ai connu la soif ; ironie du sort dans cette région qui compte un nombre important de lacs. Malheureusement, les lacs sont de plus en plus rares, remplacés par des forêts de sapins. Au moins dans les prairies, les grands espaces et la chaussée large me procuraient un sentiment de liberté. En Ontario, la chaussée est étroite, parfois quasi inexistante. J’ai le sentiment d’être confinée, de manquer d’espace. Au camping de Wabigoon, ma tente est isolée des autres occupants. Heureusement, deux femmes originaires de Montréal viennent échanger quelques mots avec moi, puis plus tard un couple de Neepawa alors que je contemple le coucher du soleil tout en savourant des bluberries offertes par le propriétaire du camping.

Coucher de soleil à Wabigoon

Kathie et son mari se rendent à Thunder Bay pour passer quelques jours en famille. Je suis invitée à les rejoindre pour passer une journée au bord d’un lac, avec une plage ou me baigner ou bien faire du canoë.

De Wabigoon à Ignace, j’ai encore subi la canicule et suis arrivée complètement déshydratée au camping. Sur une aire de repos, un couple de Saskatoon a bien voulu me donner le fond de bouteille d’eau qui leur restait et la femme m’a demandé de poser avec elle pour une photo souvenir. Au camping d’Ignace, mes voisins originaires de Thunder Bay m’appellent depuis leur terrasse et me disent de prendre une assiette et de la remplir de fish and chips préparés avec la pêche du jour. Ils me servent également une assiette d’un délicieux gâteau avec des fraises et de la chantilly. Je savoure à la fois ce délicieux repas et enfin mon premier contact avec des ontariens. Les attaques de moustiques et de blacks flies écourtent ma balade digestive. 21h je suis dans mon duvet, de toute façon je suis vannée.

Pour la première fois depuis un moment, l’orage et la pluie n’ont pas éclaté. Ma tente étant sèche à mon réveil, je prends la route dès 7h30 pour éviter la chaleur. Cette fois j’ai prévu moins de nourriture dans mes sacoches pour faire de la place pour des réserves d’eau. La météo avait annoncé 39 degrés; finalement le soleil n’a jamais réussi à percer l’épaisse couverture nuageuse et j’ai même eu de la pluie dans les 25 derniers kilomètres. Ce que la météo ne m’avait pas prédit, c’est le fort vent de face toute la journée, ralentissant ma progression et me forçant à appuyer sur les pédales pour avancer. La chaussée est de plus en plus étroite, chaque trucks qui me dépassent est une frayeur. A vrai dire les trucks sont peut-être plus attentifs à ma personne que les voitures qui me doublent. Quoiqu’il en soit à l’approche d’Upsala, entre fatigue et rafales de vent qui me font faire des écarts dans mon minuscule couloir, je décide de terminer à pieds en poussant Elise. Comme à chaque fin de journée, l’arrivée à ma « ville étape » est une surprise : trouverais-je un terrain de camping, un magasin où acheter de la nourriture ? Depuis mon départ de Kenora, ville de 15 000 habitants, je ne traverse que des villages de 1000 habitants tout au plus. A mon arrivée à Upsala, il y a une boutique où trouver des produits de base. Le propriétaire me dit que je peux trouver un camping à environ 3 kilomètres de là. L’accueil est fermé, le camping est déserté, pas de douche et j’ai préféré le gazon au coin d’un arbre que les sanitaires laissés à l’abandon. Je plante ma tente pour la nuit et vous écrit cet article depuis mon igloo qui est mon seul espace de tranquilité pour éviter les attaques de moustiques et de blacks flies.

7h30, je reprends la route après une bonne nuit de sommeil qui aura juste été perturbée par un écureuil venu grignoter mes sacoches. Après 5 kms je trouve un restaurant qui propose un petit déjeuner pour seulement 5 dollars : 2 oeufs, du bacon, des toasts et des patates sautés, de quoi me donner des forces pour affronter cette nouvelle journée. Encore une fois je dois affronter de fortes rafales de vent venues de droite, me poussant en direction des voitures et des trucks. Une seule idée en tête : rester concentrée sur la route et arriver entière jusqu’à Shabaqua située à 75 kms. Crispée sur mon vélo et tentant de contrer les rafales de vent, je commence à ressentir des contractures dans les jambes et les bras me tirent. A 20 kms de l’arrivée, je tombe une nouvelle fois sur des travaux sur la route. Les agents de circulation me laisse prendre de l’avance avant de lâcher les fauves, mais ensuite je devrais marcher sur la voie de droite en graviers. Environ 8 kms à pousser mon vélo, je lâche mes dernières forces pour arriver à Shabaqua. Ici il n’y a qu’un motel qui fait également épicerie de base. Ce sera tout pour aujourd’hui. Je décide de prendre une chambre, incapable de rouler les 40 kms qui devaient me mener à Kakabeka Falls. Ma vie est plus importante et pour aujourd’hui je ne me sens plus en sécurité sur la route. Environ 70 kms me sépare de Thunder Bay, où je prendrai 2 jours de repos bien mérités.

Pour la suite, je sais que le dénivelé va s’accentuer et la chaussée sera toujours étroite ; je ne m’interdis donc pas de faire du bike stop si je ne me sens pas suffisamment en sécurité sur la route.
Depuis le début de cette traversée, l’Ontario est un vrai contraste synonyme pour moi de défi, parfois de lutte. Entre météo capricieuse, attaques de moustiques et routes dangereuses, je savoure les rares rencontres sur ma route. Depuis le début de cette aventure, tel un panneau solaire je rechargeais mes batteries avec la chaleur humaine de mes fins de journées. Depuis mon entrée en Ontario, je dois puiser dans mes ressources physiques et mentales pour avancer chaque jour. L’Ontario me pousse dans mes retranchements, teste mes limites. Pour l’instant je tiens bon et je continue de garder le sourire, mais mon seul objectif en prenant la route le matin est d’arriver en vie le soir. C’est la première fois que je ne me sens plus en totale sécurité. Pour reprendre une réplique du film « Forrest Gump », l’Ontario me fait penser à une grande boîte de chocolats et je ne sais jamais sur quoi je vais tomber. La route est encore longue avant mon arrivée à Montréal. Rien n’est définif, tout peut encore changer car l4ontario est grand. Si pour l’instant cette région me paraît hostile, elle peut encore me réserver des surprises. Une chose est certaine, je cultive ici mon sang froid et gagne encore en ténacité. Le voyage vous fait et vous défait, je ne ressortirai pas tout-à-fait la même de la région des lacs et forêts…

9 réflexions sur “ L’imprévisible Ontario ! ”

  1. Cela n’a pas l’air facile en ce moment, mais je vois que tu as toujours la même détermination et la même force. Les kilomètres passent et les climats changent, mais comme tu le dis, au moins, tu ne risques rien de la monotonie.
    Si je ne me rends certainement pas compte de tout, il y a au moins une chose que je connais : pédaler face au vent ! Le souvenir d’enfance de certains trajets vers le collège est encore très présent, je crois même le sentir encore dans les jambes…
    Courage !

  2. Je pense tellement souvent à toi, Sandrine.

    J’espère que le reste de l’ontario ne te dérange pas
    comme le commencement!!!

  3. C’est mon premier commentaire. Je voulais simplement vous faire un petit bonjour de Saint-Nazaire et vous souhaiter (même si vous n’en manquez pas) bon courage surtout à ce moment de votre belle et forte aventure. Je vous lis avec beaucoup d’intérêt depuis le début, félicitations pour votre prose.
    RF

  4. Stay safe. If you see a sporting goods shop, look for a Sawyer Squueze Mini filter. It is very small and lightweight and can filter ANY water into drinkable water. I never leave the house without it. No need to be without water. You’re a superstar, Sandrine!

  5. Salut! Ca été un plaisir de vous rencontrer par chance sur le trottoir hier. Je vous souhaite bonne route et bonne chance. J’espère que vous avez déjà passé le plus difficile en Ontario bien que je crains que les collines autour de Terrace Bay seront un défi. Entre-temps, vous méritez bien votre repos de deux jours.

  6. Bonjour Sandrine, Je suis Claudine qui a partagé quelques kms entre Nantes et Oudon et Paimboeuf en ta compagnie… Nous lisons avec intérêt ton périple dès que nous le pouvons. Suite à ton dernier commentaire nous ne pouvons que nous incliner devant ton exploit emprunt de force morale et sportive…! Nous t’accompagnons par la pensée dans ton voyage.Good luck « On the road again »…

  7. Salut Sandrine. Je prends enfin le temps de lire tes aventures en commençant par la fin. Je vais dérouler en rétro pédalage avant de reprendre le fil.
    Nous te souhaitons plein de courage.
    Eszter et Yvan

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