Parksville

Oceanside Route

Comox – Parksville = 92 kms

Chaque journée est une nouvelle aventure, un nouveau défi et je ne sais pas quand tout ceci s’arrêtera, mais je voudrais que cela ne s’arrête jamais. 

Après une nuit dans la nature des plus reposantes, j’étais impatiente de démarrer cette nouvelle journée et de découvrir quelles surprises elle allait me réserver. Un premier ferry allait me conduire d’Earls Cove à Powell River, puis après quelques kilomètres de route, un second ferry m’emmènerait à Comox pour mes premiers tours de roue sur l’île de Vancouver. En arrivant à Powell River, j’avais malheureusement manqué le ferry. Je devais patienter environ trois heures avant le prochain. Deux hommes sont venus à ma rencontre pour me poser les questions habituelles : « D’où je venais ? Où j’allais ? » Stephen était natif de l’Ontario. Après avoir perdu son emploi d’ingénieur, il avait décidé de venir à Powell River, où il était skipper sur des voiliers de croisière. Garry lui travaillait à la marina pour l’entretien des bateaux.

Stephen et Garry

C’est ainsi que les deux hommes s’étaient rencontrés. Stephen était un adepte du vélo et rêvait de partir un jour en voyage avec sa monture. En attendant de chevaucher les routes sur son deux roues, l’objet de son attention était sa voiture : une Mini rouge flamboyante, qui faisait l’objet de moqueries de la part de son ami Garry. Il était l’heure du lunch. Les deux hommes m’ont invité à me joindre à eux au restaurant thaïlandais du coin. J’acceptait l’invitation avec plaisir. Peu habituée à la cuisine thaïlandaise, je choisissais un plat à base de riz et de poulet avec un niveau de piment pas trop élevé. Après deux bouchées de mon plat, j’avais la bouche en feu, ce qui faisait beaucoup rire Stephen. Par politesse, j’essayai malgré tout de manger mon assiette, mais des gouttes de sueur commençaient à perler sur mon front tellement le piment me chauffait la bouche et l’estomac. Je m’étais excusée auprès de mes hôtes, qui étaient surtout déçus que je n’ai pas pu apprécier mon plat.  Il me restait encore du temps avant de prendre mon, ferry, donc Stephen était enthousiaste et fier de me faire visiter le voilier sur lequel il allait naviguer. Après avoir remercié Stephen pour le moment de bon humeur, il était temps pour moi d’embarquer pour de nouvelles aventures.

A mon arrivée à Comox, je ne savais pas où dormir. J’avais bien envoyé une demande Warmshowers au matin, mais je n’avais pas reçu de réponse. Il était déjà 17h, il ne me fallait pas tarder à m’orienter et trouver un endroit où camper. Non loin de moi, j’ai entendu parler français. Je me suis dirigé vers un homme accompagné de ses deux fils, afin de lui demander où se trouvait le camping le plus proche. Il n’y avait pas de camping dans les environs, la seule solution était de rouler jusque dans le centre pour trouver un motel. L’idée de dormir dans un motel ne m’enchantais guère, mais je pris la route. En route, l’homme me proposa de charger mon vélo dans son pick-up et de m’y conduire, après un arrêt dans un établissement scolaire où il a quelque chose à déposer. Je profitai de cet arrêt pour me connecter à internet et oh miracle, Debby et Biff, mes hôtes Warmshowers, pouvaient m’accueillir.  L’homme a eu à la la gentillesse de me conduire jusque chez eux. Leur grande demeure était à l’abri des regards, cachée au fond d’une allée ombragée par les arbres. Deb et Biff habitaient une luxueuse maison, avec de grands vitrages et un grand terrain fleuri, à deux pas de la mer. Après m’être préparé un plat de pâtes, je remerciais mes hôtes de m’avoir accueilli à la dernière minute, avant d’aller me coucher.

Après un délicieux petit déjeuner en compagnie de la charmante Deb et une révision mécanique d’Elise, je prenais la route sous un grand ciel bleu.

Courtenay

La vue de l’océan dès mes premiers coups de pédales, me galvanisait et j’étais particulièrement enthousiaste car je savais que j’aller longer le Pacifique toute la journée, en empruntant la Oceanside Route 19A. Une agitation particulière régnait, car le Canada se préparait à célébrer l’anniversaire de la Reine  Victoria (souveraine du Canada à l’époque de la Confédération).

Mes premiers kilomètres se sont fait sur un tout nouveau chemin très agréable, loin de la circulation. Très rapidement, la piste laissait place à une route avec une vue exceptionnelle sur l’océan. Ayant grandie près de l’Atlantique, je m’enivrais à plein poumon de l’air marin.

Deep Bay

Lorsque l’océan disparaissait pour laisser place à la circulation et à un paysage monotone, j’appuyais sur les pédales pour retrouver sa compagnie qui me manquait déjà. Chaque dépassement par des cyclistes, était une nouvelle occasion d’entendre scander « Vive la France ! » ou encore « You do it by yourself ? You’re so brave». Apparemment, je forçais le respect et tout le monde était ébloui par Elise.

Qualicum Beach

Après la Sunshine Coast et ses montées qui m’avaient fait souffrir, la Oceanside Route me paraissait une vraie balade de santé. En raison du week-end prolongé, il régnait comme un air de vacances d’été : les campings étaient remplis, les vélos se préparaient pour une traversée en ferry sur les îles aux alentours.

Parksville

A mon arrivée à Parksville, je me dirigeais vers le parking d’un fast food où j’avais aperçu une femme accompagnée de deux hommes. Une intuition me disait qu’ils allaient peut-être m’aider à trouver un endroit où dormir. Annie était une femme dont le sourire irradiait son visage. La monture rose fushia de ses lunettes de soleil, faisait ressortir sa belle crinière grise.  S’excusant de ne pas avoir de terrain pour accueillir ma tente, elle me proposa de me rendre au terrain de camping, en me précisant qu’il coûtait assez cher. Alors que je m’apprêtait à repartir, Annie me proposa finalement de m’accueillir dans sa chambre d’amie. Je n’en croyais pas mes oreilles. Quelques kilomètres plus loin, j’arrivais dans  un coin de paradis. Annie et son compagnon Dave habitaient dans un quartier résidentiel flambant neuf.

Apéro time

Leur jolie terrasse fleurie, donnait sur un bassin avec des plantes aquatiques et une cascade. Ce soir là, Annie et Dave recevaient leurs voisins Carol et Gary pour le dîner. Gary avait la maladie de Parkinson, mais n’avait pas perdu son humour piquant pour autant. Lors d’un échange entre Annie et Carol, je compris, malgré mon niveau d’anglais, que l’ex mari d’Annie, Dereck, avait lui aussi la maladie de Parkinson et qu’il résidait dans un centre spécialisé. Pour remercier mes hôtes de leur accueil si généreux et du délicieux dîner qu’ils m’avaient offerts, je leur avais proposé de cuisiner des crêpes pour le petit-déjeuner.

Annie Dave Carol Gary

Le lendemain matin, je m’activais en cuisine pour préparer mes crêpes, ainsi qu’une garniture à base de pommes cuisinées dans du beurre et de la cannelle. Annie et Dave en profitèrent pour me suggérer de rester chez eux une nuit supplémentaire, afin de profiter de cette belle journée en leur compagnie. J’accepta l’invitation avec grand plaisir. Annie et Dave avaient prévu de se rendre à Campbell River, situé quelques kilomètres au Nord de Parksville. Après un premier arrêt dans une jardinerie, nous reprenions la route pour nous arrêter à un fast-food cette fois-ci. Annie commanda un hamburger frites à emporter. Elle m’expliqua alors qu’elle allait régulièrement le dimanche, rendre visite à son ex mari Dereck et qu’elle lui apportait toujours un burger. Nous arrivâmes devant le centre médical. De l’extérieur l’endroit paraissait très cosy, j’avais du mal à croire qu’il s’agissait d’un centre spécialisé. Alors que je m’apprêtais à rester dans la voiture, Annie me demanda de les accompagner. Ne connaissant Annie que depuis la veille, je me sentais mal à l’aise de partager un moment si personnel, mais je sentais que cela tenait à coeur pour Annie que je vienne.

En pénétrant dans le bâtiment, une grande salle chaleureuse faisait face.  Des portraits, étonnamment souriants, des pensionnaires disparus, ornaient les murs de la salle. Chaque pensionnaire avait sa propre chambre, décorée avec ses affaires personnelles. Dans ce centre, se trouvaient aussi bien des personnes âgées, que des personnes qui n’étaient plus autonomes et nécessitaient une assistance. A notre arrivée, Dereck était allongé sur son lit, à regarder la télévision. Annie me présenta, ainsi que Dave qui venait pour la première fois. Dereck éprouva beaucoup de difficultés à se lever, mais refusa l’aide d’Annie. Je pouvais lire dans les yeux de cette femme, la douleur de voir la personne avec qui elle avait partagé sa vie pendant tant d’années, perdre un peu plus de ses capacités et de sa mémoire. Dereck nous rejoignit dans la salle à manger, où tous les pensionnaires s’apprêtaient à déjeuner. A la table de Dereck, se trouvait une dame âgée au visage doux et rayonnant. Annie lui rendait toujours visite en même temps que Dereck. Elle lui offrit un morceau de gâteau à la noix de coco, apporté la veille par Carol. Comme une enfant, la vieille dame se jeta sur le gâteau, plus intéressée par le dessert que par son assiette de poisson et de légumes. Nous restâmes discuter avec Dereck, le temps qu’il mangeât son burger. La sauce lui coulait sur le menton. Annie, un peu gênée, lui essuyait avec une serviette en papier. Dereck nous raconta ses souvenirs, de l’époque où il jouait de la musique avec un groupe. Il continuait à jouer du clavier, accompagné d’autres pensionnaires. Nous quittâmes Dereck et la dame âgée et retournions vers la voiture. Annie nous remercia Dave et moi de l’avoir accompagné. Je n’osais imaginer la douleur que devais ressentir cette femme, à chacune de ses visites et je sentis terriblement touchée qu’elle m’ait invité à partager ce moment si intime, symbole de la confiance qu’elle me portait. Derrière sa bonne humeur constante et son grand sourire qui rayonnait sur son visage, Annie cachait finalement les blessures d’une femme, qui voyait l’image de l’homme qu’elle avait aimé, s’effacer sous les traits de la maladie.

Notre journée se poursuivit par une balade dans le Parc Provincial de Strathcona, la plus ancienne zone protégée de la Colombie-Britannique. Ensuite Dave nous invita dans un restaurant, face à l’océan. Je dégusta mes ribbs, tout en admirant les aigles qui survolaient l’étendue bleue et plongeaient à pic pour en sortir le bec chargé d’un poisson.  Le soir, en allant rejoindre mon lit, j’avais déjà l’appréhension des aurevoirs du lendemain matin. En l’espace d’à peine deux jours, nous avions partagé tellement de moments de rires, d’émotions et de partage.

Annie et Dave

Le lendemain matin, je fus réveillée par le bruit de la pluie qui retentissait sur le toit de la maison. Dave me prépara une omelette avec des toasts, Annie quant à elle, était inquiète que je prenne la route sous la pluie et essaya de me convaincre de charger mon vélo dans la voiture et que nous roulions tous les trois, avec la musique à fond, jusqu’à Nanaimo. J’expliqua alors à Annie que j’aurai adoré passer ma journée avec eux, mais que c’était ma job de rouler. Même par mauvais temps, ma place était sur la route avec mon vélo. Cette tentative désespérée, laissait entrevoir que les aurevoirs allaient être encore plus difficiles que je ne l’imaginais. Devant la façade de la maison, la pluie avait cessé pour laisser place à des larmes dans les yeux d’Annie. J’avais dû prendre sur moi pour ne pas pleurer à mon tour. Ce jour là, j’avais compris que je devrais m’habituer à laisser derrière moi des personnes à qui je me serai attachée, sans savoir si je les reverrai un jour. Je m’étais préparée psychologiquement à affronter les montagnes, mais je ne m’étais pas préparé à la douleur de la séparation.

5 réflexions sur “ Oceanside Route ”

  1. merci pour ces superbes photos et ces belles rencontres amicales pour les ondes positives ceal doit être vrai car j’attends tous els jours de vos nouvelles qui me donnent du baume au coeur pourtoute la journée bonne continuation et kenavo

  2. Fête de la Reine partout sauf au Québec bien sur! Merci de prendre le temps de nous décrire tes aventures, j’adore te lire! Prépare-toi à entendre parler de good vibes and bad vibes encore un bout, t’es sur la côte ouest Darling! J. xox

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