Columbia Icefield

Show (chaud) time sur la Icefields Parkway

Jasper – Beauty Creek = 92 kms

Beauty Creek – Waterfowl Lake = 90 kms

Waterfowl Lake – Lake Louise = 70 kms

 

J’ai roulé sur l’une des plus belles routes au monde, au milieu des montagnes majestueuses, des glaciers et des lacs turquoises ; je n’en reviens toujours pas. Il faut emprunter la Icefields Parkway à vélo pour découvrir toute la splendeur des panoramas.

Vendredi 26 juin, je quitte la charmante station de Jasper, le cœur un peu lourd de dire au revoir à Claude. Nous avons été contemplatives ensemble des paysages qu’elle a pris le temps de me faire découvrir.  Je redeviens la cycliste contemplative en solo en passant le pas de sa porte. Aujourd’hui, je m’élance sur la Icefields Parkway, autrement appelée la « Promenade des glaciers ». De Jasper à Lake Louise, cette route panoramique de 230 kms, est à vous donner le vertige et à vous couper le souffle. Ne vous fiez pas aux sommets enneigés, durant mes 3 jours de traversée de la route 93, j’ai dû rouler avec des températures entre 30 et 35 degrés. Autant dire que dans les montées, il ne faisait pas froid.

D’abord impressionnée de rouler sur cette route mythique, très rapidement je me sens à mon aise ;  les vallées sont larges, je ne roule jamais au bord du précipice. Je suis en train de tomber en amour avec la montagne. Après avoir passé les monts Whistlers et Edith Cavell, mon premier arrêt se fera aux impressionnantes chutes Athabasca. Un peu plus loin, je fais un second  arrêt aux chutes Sunwapta. J’y fais la rencontre de Soho, cyclo voyageur japonais qui compte rouler jusqu’en Argentine. Il ne parle et ne comprend visiblement pas bien l’anglais, notre rencontre ne sera que furtive car il part loin devant. Quant aux autres cyclistes rencontrés ils roulent en direction de Jasper. A vrai dire, je préfère tout autant rouler seule, en suivant mon propre rythme.  Malgré la chaleur, j’arrive sans trop de difficultés à 17h à l’auberge de jeunesse de Beauty Creek. A 37 ans, je vais vivre ma première expérience en auberge de jeunesse. L’auberge est située juste en face la rivière Creek, avec une vue sur les montagnes imprenable. Ambiance colonie de vacances en compagnie de jeunes allemands backpackers et d’un médecin d’Edmonton : guitare et chant devant le feu de bois et brochette de chamallows. Je laisse les jeunes profiter de leur soirée, mamie Sandrine va se coucher car un programme chargé l’attend demain.

Ce matin, je dois rouler 20 kms pour me rendre au Columbia Center (centre du champ-de-glace). Mathieu, un français vivant à Banff m’a offert un ticket pour me rendre sur le glacier Athabasca. 20 kms c’est peu me direz-vous, sauf lorsque le plus gros dénivelé positif de la route des glaciers se trouve sur votre route. Mes muscles ne sont pas encore bien réveillés, que je dois affronter cette grosse et longue montée dans la chaleur. A l’arrivée, m’attendra le temps fort de cette journée, avec l’énorme Columbia Icefield et les nombreux glaciers qui l’entourent. Mais l’arrivée au champ-de-glace se mérite et je souffre à chaque coups de pédale. Mes cuisses sont au bord de la rupture et mes genoux tirent, je dois me résoudre à pousser Elise pour les 50 derniers mètres de la montée. Après l’arrivée au pied du Mont Robson, nouveau temps fort en émotions avec la découverte du géant Columbia Icefield.

Je me rend au centre touristique pour retirer mon ticket. Il est 10h, la masse de touristes n’est pas encore arrivée. L’hôtesse me dit qu’il y a une place de disponible dans le bus, mais je dois y aller tout de suite. Ma polaire est resté sur mon vélo et j’ai encore mon casque sur la tête ; autant dire que j’ai l’équipement parfait pour marcher sur le glacier. Je monte dans le camion-bus aux pneus surdimensionnés, le chauffeur me dit que j’ai raison d’avoir apporté un casque avec moi, ça pourrait être utile sur le glacier. Après coup il s’avère que le chauffeur est un français, qui habite au Canada depuis 4 ans. Quand il a annoncé à sa maman qu’il allait devenir conducteur de bus au Canada, la réaction de celle-ci a été à peu près la même que celle de ma mère quand je lui ai annoncé que j’allais traverser le Canada à vélo. Je reste très réservée sur cette attraction, car même si apparemment la technologie des pneus a été étudiée pour impacter le moins possible le glacier, cela n’en reste pas moins une attraction de tourisme de masse qui a forcément un impact sur un glacier qui recule de plusieurs mètres chaque année. Néanmoins je remercie Mathieu de m’avoir donné l’occasion de marcher sur le géant de glace.

Il est midi, je me remets en route. 70 kilomètres m’attendent pour atteindre Waterfowl Lake Campground. Autant dire qu’il va me falloir avoir un bon coup de pédale. Après chaque grosse montée, il y a une grosse descente. Descente sinueuse et vertigineuse pour redescendre dans la vallée. La chaussée n’est pas en très bon état et la voie pour vélo plutôt étroite. Autant dire que je suis plutôt crispée dans cette grande descente et que je suis aussi épuisée qu’après avoir gravi une montée. Après Saskatchewan River Crossing, le vent de face se lève, il fait une chaleur qui en devient presque insupportable. Je sens que les derniers kilomètres vont être durs. Me bidons se vident à vitesse grand V, heureusement les vacanciers en camping car ont toujours la gentillesse de remplir mes bidons d’eau fraîche. Lorsque je découvre un lac turquoise qui étincelle sous les rayons du soleil, je me dis que c’est sûrement le Waterfawl Lake. Ce soir je vais camper dans un petit coin de paradis. A peine l’entrée du camping franchie, je vois que celui-ci affiche complet et qu’il faut aller jusqu’au prochain camping. Je suis rincée et pas question de quitter mon coin de paradis. Heureusement, en regardant de plus près sur un panneau, un post it annonce que 2 emplacements sont libres suite à des annulations : ce soir c’est mon jour de chance.

A peine je commence à installer mon campement, qu’un couple de retraités avec un van, entame la conversation. La femme est époustouflée que je traverse seule le Canada à vélo. Je termine l’installation de ma tente et un homme vient me voir pour entamer la conversation à son tour. Bob vit à Edmonton et m’invite à boire un verre de vin avec sa femme et des amis avec qui ils ont prévu de passer le week-end. Finalement le verre de vin se transforme en plusieurs verres de vin et je suis invitée à rester pour le dîner. Après 2 jours de route en ne mangeant pas à ma faim, je peux vous dire que cette généreuse invitation est plus que bien venue. Je passe une fantastique soirée qui n’était absolument pas prévue au programme. Aujourd’hui, ma journée a eu des allures de grand chelem.

Ce matin en quittant le camping, je suis partie sous les applaudissements des amis qui ont enchanté ma soirée d’hier. Déjà mon dernier jour sur la Icefields Parkway. Je laisse derrière moi des paysages de cartes postales et des souvenirs qui resteront gravés dans ma mémoire à tout jamais. Ma journée pourrait s’intituler « sur la route des lacs », car aujourd’hui je vais découvrir les plus célèbres et sûrement les plus beaux lacs des Rocheuses. La chaleur est pire que les autres jours, je sens que cela va être dur. La montée pour arriver au célèbre lac Peyto, me reste sur les jambes. La petite marche pour me rendre au lac me fait du bien pour détendre mes muscles. Même si j’avais déjà vu des photos du lac Peyto, je reste scotchée en le découvrant. La scène est juste parfaite ; sans conteste le lac Peyto décroche la médaille d’or.

Alors que je retourne vers mon vélo, Christine, pilote d’avion vivant à Montréal, commence à entamer la conversation et instinctivement me demande si j’ai besoin d’eau et de nourriture. En plus de son adresse pour m’héberger si j’ai besoin, elle m’offre 2 pommes qui sont comme un salut pour moi qui n’ai plus mangé de fruits depuis Jasper. Sur le parking du Lac Peyto je suis l’attraction : tour à tour les gens viennent discuter et saluer mon courage de réaliser une telle traversée. Toutes ces personnes me donnent du baume au cœur et c’est requinquée que je reprends la route. Petite halte au lac Herbert et je tombe sur mes amis du Lac Waterfowl qui sont venus se baigner. Ma tournée des lacs continue avec cette fois et une très belle découverte d’un lac dont j’avais peu entendu parlé et dont je n’avais pas d’images en tête : Bow Lake. Je suis totalement sous le charme, moi qui pensait ne plus pouvoir être émerveillée après avoir vu le lac Peyto.

J’arrive à la station de Lake Louise. Après 3 jours à rouler sous une chaleur étouffante, il me faut trouver un camping avec une douche. Même les moustiques ne viennent plus s’attaquer à moi. Lake Louise campground affiche complet, mais il y a toujours des emplacements à partager réservés pour les cyclo voyageurs. J’achète des fruits, légumes et un yaourt au supermarché. Je vais enfin pouvoir manger autre chose que des barres de céréales, des fruits séchés et des amandes. Je tombe par hasard sur 2 des allemandes rencontrées à l’auberge de jeunesse de Beauty Creek : « You did it Sandrine, you can be proud of you ! ». J’installe ma tente et avant de savourer une bonne douche, de décide de partir avec Elise en version ligth, pour un dernier lac : le fameux Lake Louise. Il est 18h, je me dis qu’il y aura sûrement moins de touristes et surtout moins de circulation, sur les 4 kms de montée sur une route étroite et en lacets. Je donne mes dernières force pour Louise, mais arrivée sur place je suis très déçue. Lake Louise ne vaut vraiment pas tout le patacaisse que l’on en fait. Je préfère de loin Bow Lake. Je retourne au camping, aucun cycliste ne viendra partager mon emplacement ce soir. Je commence à me demander si crazy girl ne les fait pas fuir.

En trois jours j’ai avalé des routes aux allures de montagnes russes : 2379 mètres en dénivelé positif et 1876 mètres en dénivelé négatif . Je peux vous dire qu’il faut y être pour réaliser. Finalement cela fait plus peur à regarder qu’à grimper : un coup de pédale à la fois et j’y suis arrivée. Cette traversée de la Icefields Parkway m’a fait réaliser à quel point nous ne sommes pas grand chose face à tous ces géants de roches, de neige et de glace. Ces 230 kms nous alerte aussi sur les changements climatiques, la fonte des glaciers qui reculent un peu plus chaque année. Qu’adviendra-t-il de la splendeur de ces paysages dans quelques années ? Je vous souhaite de parcourir un jour la plus belle route panoramique au monde et je ne peux que vous encourager à la parcourir à vélo, pour profiter de toute sa splendeur en ayant tous vos sens en éveil. En voiture vous ne sentirez jamais les parfums qui exaltent vos narines. La seule brise fraîche que vous ressentirez sera celle de la climatisation de votre voiture, pendant que le cycliste savoure une brise venue des lacs, comme une caresse sur une peau brûlée par le soleil. En voiture vous ne pourrez jamais vous rendre compte des perspectives  des paysages en roulant trop vite, ni entendre le chant des cascades, des rivières et des oiseaux, car vos oreilles seront polluées par le son de votre autoradio. Je suis née près de la mer, n’ai jamais roulé en montagne et pourtant je l’ai fait. Si j’y suis parvenue, vous aussi vous pouvez y arriver.

6 réflexions sur “ Show (chaud) time sur la Icefields Parkway ”

  1. c’est un vrai bonheur de lire ces articles, et de voir ces images plus belles les unes des autres !
    ce matin, je lis l’article avec la bande son de O Brother, un vrai régal :)

  2. Ton récit est prenant, tu as dû manger des épinards tel Popeye pour avoir un tel courage et moral d’acier !! . Tes photos sont tout simplement magnifiques, il y à un côté irréel. La générosité et la bonhomie des Canadiens fait plaisir à voir, de superbes paysages et la chaleur de ses habitants que demander de plus.

  3. Salut Sandrine! que te dire…merçi de nous faire vivre quasi en direct ton époustouflant voyage..et de tes superbes photos; cet après-midi, j’ai eu une pensée particulière pour toi, en écoutant la radio qui passait la chanson de Goldman…là-bas; tout est neuf et tout est sauvage…, j’ai croisé ta mam à la caisse de U,il y a 2 jours, avons pris bien sûr, le temps de parler de toi…ta mam était rayonnante, que du bonheur! bises

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